Résilience

PUBLICATION

Ecologik (Magazine trimestriel) N°57_Mars.Avril.Mai 2018

ECOLOGIK

(Initiation au design durable par le biais de « news » dans la revue EK)

Résilience

Comment le design peut-il avoir un rôle dans notre changement de comportements, interroge John Thackara, puisque nous ne serions capables de les modifier que si notre contexte change et non en l’imposant? Une piste serait l’expérimentation qui toujours aboutit à de nouvelles choses, et l’observation de ces expériences que l’on finirait par investiguer, puis adopter à son tour. C’est, ce que propose l’exposition Change the System qui vient d’avoir lieu au musée Boijmans Van Beuningen. Elle présente les recherches d’une cinquantaine de designers et artistes décidés à participer au changement nécessaire face aux problèmes que sont la pollution, la raréfaction des matières, les conflits et tensions politiques. Car, pour être efficiente, l’écologie se doit d’englober le tout, dépassant les frontières qui lui sont habituellement assignées. Insécable, elle requière la contribution de l’ensemble des acteurs - nous tous.

Cette diversité se retrouve au travers des projets épinglés et rassemblés dans le manifeste édité à l’occasion et divisé en trois grandes thématiques : Scarcity, Plurality et Conflict. La conservatrice, Annemartine van Kersteren, a choisi de mettre l’accent sur la résilience et le pouvoir de la créativité: « Le designer contemporain peut inspirer, initier le changement ou mettre en mouvement une transfiguration des idées » et est particulièrement bien équipé pour visualiser les alternatives et exploiter les innovations technologiques pour répondre aux besoins sociaux, préoccupation à la base de l’invention du design.

Une telle exposition sur le sol hollandais, qui plus est à Rotterdam, n’est évidemment pas un hasard. De par son passé commercial et ses principes de cogestion axées sur la collectivité, les Pays-bas possèdent une liberté créatrice faite de pragmatisme et d’ingéniosité. L’expérience ne se mêle pas de beauté. Et les créations ici sélectionnées, désempêtrées des traditions, prennent bien des allures révolutionnaires, comme en son temps, a pu l’être une partie de la production italienne sous la tutelle de divers groupes - Anti-design, Archizoom, Alchimia ou Memphis -, à la différence près qu’ils réagissaient aussi en opposition aux diktats de l’esthétique moderniste. Cependant, rien de réellement nouveau non plus, puisque déjà, dans les années 70, Victor Papanek prévenait que « le design, si il veut assumer ses responsabilités écologiques et sociales, doit être révolutionnaire et radical. Il doit revendiquer pour lui le principe du moindre effort de la nature, faire le plus avec le moins. »

L’injonction, Change the System, devient alors le leitmotiv de toute une génération de Changemakers, invitant le public a regarder les thèmes sociaux au travers des yeux de penseurs créatifs, suscitant la réflexion et avançant des solutions, souvent encore expérimentales, en un mélange de haute-technologie et de savoir-faire traditionnel. L’imprimante 3D est ainsi mise à l’honneur, utilisée pour fabriquer des objets avec des matières biodégradables collectées directement dans nos foyers (Eric Klarenbeek & Maartje Dros) ou avec des matières évidées en plastique recyclé (Dirk Vander Kooij), ou créer de précieuses céramiques en argile humide (Olivier van Herpt). Marjan van Aubel met au point une table dont le plateau transparent capte la lumière pour la transformer en électricité grâce à un colorant organique, de même que Sruli Recht nous rhabille de cuir si fin qu’il en devient translucide, tout en conservant ses propriétés souples, durables et résistantes à l’eau. C’est ainsi qu’Internet devient un allié précieux pour trouver des ressources locales ou leur rendre leur valeur. Sous le label Atelier NL, Nadine Sterk et Lonny van Ryswyck ont lancé un appel mondial pour récolter des échantillons de sable des plages de la planète. Après les avoir soigneusement recensés et triés, elles les ont transformé en briques de verre, démontrant ainsi la beauté et la spécificité que chacun peut offrir, conscientisant sur les risques de pénurie des carrières et les dangers de l’excavation des mers et rivières, une menace pour les écosystèmes. Beaucoup d’autres étaient également de la partie - Dave Hakkens et sa Precious Plastic (EK n°55), Christien Meinderstsma avec Fibre Market - , participant de cette effervescence créative et collective inévitablement contagieuse. Nous en sortons avec l’envie de rebondir, participer et évidemment, changer.

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Photographies : © Sruli Recht, Apparition SR725e (2017) / Atelier NL, Nadine Sterk & Lonny van Ryswyck (Rotterdam 2107)

Liens : ECOLOGIK BOIJMANS MUSEUM