La gageure de l’éco-luxe

PUBLICATION

Ecologik (Magazine trimestriel) N°59_Septembre.Octobre.Novembre 2018

(Initiation au design durable par le biais de « news » dans la revue EK)

ECOLOGIK

La gageure de l’éco-luxe

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Avant même de réussir à être durable, il faut oser le devenir. L’enjeu même du secteur du luxe est d’entrer en novice dans un domaine peu maîtrisé - et maîtrisable - afin de répondre à une demande croissante des consommateurs de plus en plus soucieux d’acheter responsable. Car si, beaucoup de jeunes entrepreneurs et créateurs ont la durabilité dans leur ADN, il n’en est pas de même pour les « marques de luxe historiques », habituées à véhiculer une image de perfection et de mystère, peu sujettes à la critique face à leurs paradoxes.

C’est ce qu’a particulièrement compris Barbara Coignet, fondatrice de la Biennale 1.618, en la nommant du Nombre d’or, cette « divine proportion » établie mathématiquement au début du siècle dernier, mais déclinée depuis l’Antiquité. Créée en 2009, la biennale est présentée dans le dossier de presse, comme une plateforme évènementielle fédérant « un réseau international de marques, d’entrepreneurs, de visionnaires et de créatifs qui redéfinissent le Luxe de demain et s’engagent dans un nouvel art de vivre, responsable et durable ». Elle rencontre depuis un intérêt croissant, dû en partie à la prise de conscience liée aux tragédies humaines, comme l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh en 2013, et à l’impact des changements climatiques, chaque saison plus palpable. Cette année, elle fut organisée au Carreau du Temple lors de la semaine du développement durable à Paris.

Durant 3 jours, professionnels et particuliers viennent y découvrir de nouveaux produits, s’en inspirer et écouter conférences et débats sur le sujet. A côté de grandes marques comme Jaguar, sélectionnée par un comité d’expert.e.s pour le développement d’un « véhicule 100% électrique », se trouvent des enseignes plus modestes, ou en émergence, dans les secteurs tels que la cosmétique, la mode, la bijouterie ou l’épicerie fine. Côté design d’objet et mobilier, on note une sélection de facture relativement sobre et classique, utilisant des matériaux naturels et/ou recyclables (bois, métal, feutre, laine, liège), assemblés mécaniquement - et donc démontables facilement -, utilisant un savoir-faire local et artisanal, sorte de valeur sûre voire de valeur refuge.

L’innovation de cette présente édition se fait plus discrète et transparaît principalement dans le volet « sourcing et solutions ». L’économie circulaire s’invite dans les cahiers de charges, incitant à n’utiliser que des matériaux recyclés, à limiter fortement les déchets de production ou à les revaloriser dans un concept d’upcycling. De nouvelles matières et matériaux sont ainsi à l’étude promettant de nouveaux usages. En partenariat avec l’entreprise Proplast basée au Sénégal, SASMINIMUM magnifie les ressources inexploitées pour proposer des revêtements de sol composés à 100% de déchets plastiques récupérés dans la nature et les océans. Timothée Boitouzet, derrière WOODOO, développe un bois polymérisé devenu translucide et plus résistant que le matériau originel. AUTHENTIC MATERIAL collecte des résidus de matières et les transforme en matériaux naturels d’exception (corne, bois, cuir, coquillage). La mode n’est pas en reste puisqu’elle explore les possibilités offertes par les peaux de poisson (saumon, pirarucu) ou, tendance forte du moment, travaille des textures vegan faites à partir de fibre de coco ou de cuir de pomme.

Venue de l’univers de la mode, Barbara Coignet a donc eu la vision de faire entrer le durable dans le temple du luxe, cherchant à réunir deux mondes à priori inconciliables. Et si le passage se fait encore par le chas de l’aiguille, les acteurs d’hier trouvent ici une belle opportunité pour rester dans l’air du temps au risque d’être réellement devancés par une jeune génération décomplexée, innovante, soucieuse d’un futur éco-responsable et surtout, experte dans l’art de communiquer.

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Photographies : © OSKLEN / SASMINIMUL / AKONITE / KNGB-Studio

Photo « pépites d’or »: OSKLEN, associé à INSTITUTO-E, est un marque de mode d’origine Brésilienne et sa fondation,qui identifie et développe tissus et matériaux très innovants tels que le cuir de poisson.

Liens : Biennale1618 SASMINIMUM AKONITE KNGB ECOLOGIK