Jardiner en ville, de la révolte à la résilience

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Ecologik (Magazine trimestriel) N°62_Juin.Juillet.Août 2019 Dossier

ECOLOGIK

Héritier du jardin ouvrier initié à la fin du XIXème siècle pour raisons économiques et (re)créer du lien, fonctionnant comme les commons anglo-saxons, le jardin communautaire pourrait bien être la solution viable pour les villes futures dont les populations ne cessent de croitre.

Au lendemain du premier choc pétrolier, l’artiste Liz Christy réunit des amis dans le but de reverdir le centre de New-York, abandonné par les habitants et délaissé par la municipalité. Le mouvement Green Guerilla est né. Après avoir lancé des bombes de graines par delà les clôtures qui entourent les friches, ils s’attaquent à un terrain vague qui devient le premier jardin communautaire de la ville et aujourd’hui, l’un des plus beaux et accueillants potagers de la Big Apple. D’autres initiatives citoyennes suivront, inspirant la troisième vague découlant elle aussi de la crise économique au début du second millénaire. Aussi bohème que puisse paraître le jardinage des parcs et potagers urbains, il n’en résulte pas moins et avant tout d’une nécessité. Il a permis à certaines villes post-industrielles de renaitre, non seulement en permettant à la population paupérisée par le chômage de se nourrir en auto-produisant son alimentation, mais aussi en leur rendant un sentiment d’utilité et une dignité face à l’absence de travail. Très vite, d’autres effets positifs se sont fait ressentir, comme par exemple à Détroit, où la prolifération d’initiatives d’agriculture vivrière a fait chuter la criminalité, au profit d’une nouvelle qualité du vivre-ensemble dans des quartiers durement touchés par les conséquences de la désindustrialisation. Un phénomène qui gagne les villes et capitales les plus aisées. Paris, Bruxelles, Berlin, Montréal, toutes se mettent au vert, sous l’impulsion de citoyens secondés par des organisations quand ce ne sont pas eux qui, ensemble, constituent une association. Sollicitant auprès des municipalités l’autorisation d’exploiter des friches ou terrains vagues, des espaces verts oubliés ou des parcelles vacantes, ces groupes de citadins établissent une charte de fonctionnement commune, instituant certaines règles de base, avant de se lancer dans la création de jardins éphémères ou permanents et de potagers collectifs. Au sein même du groupe, les motivations divergent, mais démontrent une volonté croissante de reprendre en mains l’approvisionnement et ainsi les rênes de sa vie, et de se réapproprier les espaces urbains, participant ainsi à leur aménagement. Si le facteur économique entre en jeu pour nombre de citadins modestes, la classe moyenne cherche quant à elle à (re)localiser - dans un rayon inférieur à 250 km, ce qu’on nomme le locavorisme - et contrôler son alimentation et à (re)créer du lien social, connaitre ses voisins, échanger en dépassant les frontières sociales, culturelles et générationnelles. Cette envie de contribuer à façonner des villes plus justes et plus vertes participe de l’attachement au lieu où l’on vit. En revalorisant la territorialité, nous pouvons prendre soin de ces biens communs, qui, comme les définit l’écoféministe Yayo Herrerro, sont une « source de vie, quelque chose de nécessaire pour soutenir la vie et autour duquel existe une communauté qui s’organise pour l’administrer et la gérer ».

  • 2 ARTICLES: « Bruxelles / Touche pas à mon Parckfarm » & « Liège / L’agriculture urbaine mise au défi »

Photographies : © Parckfarm

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