Packaging Pac-Man

PUBLICATION

Ecologik (Magazine trimestriel) N°61_Juin.Juillet.Août 2019

(Initiation au design durable par le biais de « news » dans la revue EK)

ECOLOGIK

Un bonheur n’arrive jamais seul et avec le retour d’une météo plus clémente s’annonce le temps des ballades en dégustant une glace artisanale. Oui mais, pot ou cornet ? Toute banale que puisse être cette question, elle n’en reste pas moins épineuse. Comment se servir une glace en minimisant au mieux son impact environnemental ? Au premier abord, le cornet paraît le choix évident : il sera engloutit avec la glace sans laisser de trace. Néanmoins, si nous prenons l’ensemble du cycle de vie du cornet (ou du pot), nous ne pouvons y répondre sans tenir compte de l’énergie nécessaire à sa fabrication et celle régissant la production des ingrédients (beurre, sucre, farine, oeuf), à leur transport à chaque étape de production et de distribution, ainsi qu’aux divers emballages nécessaires.

L’emballage est probablement l’interface le plus décisif dans notre façon de consommer les denrées alimentaires. Il nous attire et nous informe sur le produit. Il en facilite le transport et l’usage, le protège et en préserve la conservation limitant ainsi le gaspillage dû à son altération. La valeur mondiale de son marché, estimé à près de 350 milliards d’euros, est inversement proportionnel à sa fonction plus qu’éphémère. Son impact environnemental est loin d’être négligeable. Rien que pour l’eau, la France fait partie des plus gros consommateurs au monde avec 25 millions de bouteilles en plastique à usage unique utilisées par jour, produites à base de ressources fossiles non renouvelables, non dégradables et peu recyclables. C’est dans ce contexte inquiétant que l’École de design de l’UQAM (Québec) a relancé son concours international, Packplay, proposant aux étudiants en design d’emballage de plancher autour de la question : « Avons nous besoin d’un autre emballage ? » Car comme le souligne Sylvain Allard, professeur et directeur du programme de design graphique de l’UQAM, à défaut de pouvoir se passer complètement de l’emballage, évitons le sur-emballage et développons l’écoconception basée sur la disponibilité, la proximité et la durabilité des matières, leur capacité de recyclage et la réutilisation des contenants.

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L’Ecole de communication visuelle (ECV) de Nantes fait partie de celles qui ont relevé le défi. Sous la houlette de Vanessa Doré, enseignante et « artisan designer », les étudiants ont cherché des alternatives au plastique et autres hybrides pétroliers en privilégiant des matières locales, incluant la totalité du cycle de vie et la faisabilité de production. Orientés vers l’algue, diversement présente dans les eaux bretonnes, et les biotechnologies marines pour la mettre en valeur tout en respectant sa source, ils ont donné naissance à « B-beurre», un beurre salé enveloppé d’une feuille d’algue qui le protège et le sublime ou encore à « Oui can », un contenant à vrac réalisé dans un bioplastique à base d’algues marines, fermé par un bouchon en liège issu de chutes industrielles, et sur lequel est mentionné la tare. « Coeur vert » a quant à lui mis à profit l’artichaut, autre fleuron de Bretagne : son cœur est utilisé dans la composition de boules de soupe solubles et ses feuilles sont utilisées pour la fabrication de l’emballage.

Si le vrac, en vogue dans de nombreuses villes, apparaît comme la solution la moins énergivore en matière d’emballage, tant pour la logistique que la présentation, il doit être envisagé dans l’ensemble du cycle afin de s’assurer de ne pas déplacer le problème, comme lors du nettoyage des contenants. De même, l’emballage comestible pourrait n’être en fait que l’aliment lui-même s’il nécessite à son tour une protection, mais peut s’avérer utile pour contrer la vaisselle jetable, ce qui désengorgera les poubelles des parcs durant la saison des pique-niques. Reste que privilégier la vente (la plus) directe de produits locaux à l’état brut est la base du bon sens, incitant Sylvain Allard à proposer de créer moins [d’emballage], mais mieux, même si mieux signifie ne plus en faire. Alors, pot ou cornet ?

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Photographies : © ©B-BEURRE, projet d’Aurélien Hervé et Yili Sun/ ©OUI CAN, projet d’Antoine Rouillard et Romain Touzé/ ©CŒUR VERT, projet d’Alice Voisin, Graziella Olak et Victoire Pion

Liens : Blog de Sylvain Allard Blog de Vanessa Doré PACKPAY UQAM